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Entrevue

Transformation de l'énergie: privilégier l'utilisation d'énergie autant que les sources d'énergie

par

15 mai 2018

Interview with Michael Cleland, Member of the QUEST Board of Directors

Entretien avec Michael Cleland, membre du conseil d'administration de QUEST

M. Cleland est un consultant privé possédant une vaste expérience en matière de politique énergétique et environnementale.

Il a été président et chef de la direction de l'Association canadienne du gaz. Avant de se joindre à la CGA, il était vice-président principal, Affaires gouvernementales de l’Association canadienne de l’électricité (ACÉ). Avant de rejoindre l’ACE, il était sous-ministre adjoint (SMA), Secteur de l’énergie à Ressources naturelles Canada (RNCan), anciennement Énergie, Mines et Ressources (DME) et auparavant directeur général de la Direction de la politique énergétique. De 1987 à janvier 1990, il a été directeur adjoint de la Division de la politique des ressources du ministère des Finances.

A emporter:

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Nous devons nous concentrer davantage sur la demande et l'utilisation d'énergie, car le comportement des consommateurs constituera un aspect crucial de la transformation énergétique du Canada. Le secteur de l’énergie devient de plus en plus une entreprise tournée vers le client.

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Une réglementation sévère ne pourra pas diriger l'ensemble du processus de changement énergétique et une politique technologiquement déterministe échouera. Les politiques gouvernementales doivent définir une direction, fournir des signaux (tels que des prix réels) et fournir un soutien institutionnel, mais pas une destination finale.

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Une convergence des technologies énergétiques, des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle constituera une force de rupture massive dans le secteur de l’énergie.

Action:

Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent de plus en plus s’impliquer et apprendre des communautés locales avant d’élaborer des politiques énergétiques ou de mettre en œuvre des projets énergétiques, afin de garantir qu’ils sont les bénéficiaires directs des projets proposés et qu’ils deviennent des sources de débouchés commerciaux - nous devons construire un nouveau secteur de l’énergie sociale contrat au Canada.

Dans une conférence intitulée «Demand Better», vous avez affirmé que les plus grandes opportunités en matière d'énergie verte au Canada résident dans la réduction de la consommation et du gaspillage, plutôt que dans le changement des sources de production. Comment le Canada deviendra-t-il une économie à zéro émission sans éliminer progressivement la production de combustibles fossiles?

Changer notre consommation d'énergie est un complément nécessaire à la réflexion sur le changement des sources d'énergie, et non un substitut. Mais c’est le bon endroit pour commencer, car c’est là que se trouvent les opportunités les plus rentables, telles que l’efficacité énergétique et les sources locales telles que la gestion de la chaleur et les énergies renouvelables à petite échelle. Nous devons réfléchir aux besoins des clients et à ce sur quoi ils insisteront avant de construire nos nouveaux systèmes énergétiques. La proposition de valeur reposera sur plusieurs attributs: fonctionnalité, sécurité, sécurité, fiabilité, accessibilité financière et impact environnemental et social local minimal. Un système basé sur des sources d'énergie distribuées ne fonctionnera que s'il est économe en énergie.

Si nous voulons réellement parvenir à une économie sans émissions, nous devrons très probablement éliminer en grande partie les combustibles fossiles. La grande question qui se pose cependant est de savoir ce qui peut être fait avec la technologie de captage et d’élimination du CO2. Je ne pense pas que nous devrions exclure la possibilité que certaines de ces technologies deviennent pratiques et rentables, et que d'autres émergent. Que cela nous plaise ou non, les combustibles fossiles présentent de nombreux avantages en termes de puissance d’énergie qu’ils contiennent dans un très petit espace, ainsi que de leur grande fiabilité.

"Changer notre consommation d'énergie est un complément nécessaire à la réflexion sur la modification des sources d'énergie, et non un substitut."

Nous devons mettre en place des politiques qui conduisent à un changement dans la bonne direction, mais nous ne devrions pas émettre trop d’hypothèses sur ce à quoi cela va ressembler. Le débat sur la tarification du carbone est étrangement analphabète à certains égards, en particulier du côté conservateur, car l'alternative consiste principalement en des actions gouvernementales, qui sont soit intrusives, soit inefficaces. Nous sommes confrontés à de nombreuses innovations technologiques imprévisibles. Si nous essayons de contraindre tout le processus énergétique par la réglementation, nous nous tromperons et le rendrons beaucoup plus coûteux que nécessaire. Sinon, si nous tenons compte des coûts associés aux émissions de gaz à effet de serre dans les prix de l'énergie, les décideurs en matière d'investissement et de consommation s'adapteront.

Comment les provinces de l '«hydro» et des «hydrocarbures» peuvent-elles apprendre les unes des autres et coopérer pour faire avancer un débat de grande valeur sur l'avenir du secteur de l'énergie au Canada?

Nous espérons toujours coopérer et nous l’obtenons de temps en temps. Mais il est peu probable qu’elle s’étende à quelque chose d'aussi formel qu'une stratégie énergétique nationale. Cependant, il existe quelques facteurs communs entre les provinces de l'hydroélectricité et des hydrocarbures. Tout d’abord, tous les Canadiens - qu’il s’agisse d’Albertains ou de Québécois ou de quiconque - demandent des services énergétiques, notamment de nombreux produits pétroliers et gaziers. Deuxièmement, l'énergie bon marché n'existe pas. L'énergie implique de grands impacts sur l'environnement et les communautés locales - d'une manière ou d'une autre. L'hydroélectricité et certains des projets éoliens en construction actuellement s'avèrent assez coûteux à cet égard. Troisièmement, tous les projets énergétiques, renouvelables ou non, nécessiteront une plus grande implication des communautés locales et des autorités locales - notamment des autorités autochtones - dans le processus de décision. Donc, pour l’avenir, nous ne verrons pas l’électricité évoluer comme elle l’a fait en Colombie-Britannique ou au Québec dans les années 1960 ou 1970. Il devra faire face à de nombreux défis, de même que d'autres sources d'énergie. En ce sens, il pourrait y avoir une certaine convergence. Si tout le monde prend du recul et commence à être réaliste quant à l'avenir, il y a beaucoup de potentiel de coopération.

«Il n’existe pas d’énergie bon marché. L'énergie implique de grands impacts sur l'environnement et les communautés locales, d'une manière ou d'une autre. "

Quel est l'équilibre entre la prise de décision énergétique aux niveaux national, provincial et local, compte tenu de la taille du Canada et des différences régionales? Comment cela devrait-il évoluer?

Premièrement, la vaste majorité des Canadiens conviennent que le gouvernement fédéral ou les gouvernements provinciaux doivent être les décideurs finaux de ces politiques, en fonction de la juridiction. Peu de gens pensent que les décisions finales peuvent être prises par les autorités locales. Cependant, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les autorités locales, c'est-à-dire les gouvernements municipaux et autochtones, devraient faire plus que se contenter d'être consultées. Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient les impliquer dans le processus de prise de décision, tirer des enseignements des connaissances locales et veiller à ce qu'ils soient les bénéficiaires directs de tout ce qui se fait. Nous devons établir un nouveau contrat social énergétique au Canada et nous avons de nombreux exemples positifs pour nous inspirer. Par exemple, les Cris de la Baie James ont mis au point des arrangements avec les gouvernements pour prendre en main une grande partie de leur destin. Les grands projets hydroélectriques ont été une source de grande controverse dans les années 1970, mais ils sont devenus une source de débouchés commerciaux aujourd'hui. Les communautés locales ont modifié la manière dont les projets sont développés, dans une certaine mesure, en fonction de la compréhension locale. À l'autre bout du pays, les communautés autochtones situées à proximité des sables bitumineux ont très bien réussi en termes de débouchés commerciaux et de possibilités d'emploi dans ce secteur.

«Tous les projets énergétiques, renouvelables ou non, nécessiteront une implication beaucoup plus importante des communautés locales et des autorités locales, notamment des autorités autochtones, dans le processus de décision.»

Ce que les communautés locales font sous leur propre autorité - en d’autres termes, avec leurs propres ressources énergétiques - constitue l’autre partie de cette équation qui permet d’obtenir un meilleur équilibre entre la prise de décision descendante et ascendante.

Pensez-vous que les acteurs énergétiques en exercice embrassent pleinement la technologie et le potentiel de transformation de l'énergie, même au risque de perturber leurs propres activités?

S'ils sont au stade de la production d'énergie, il est probablement un peu plus difficile pour eux de maîtriser les perturbations car leur modèle commercial ne cible pas autant les clients que les autres acteurs du secteur de l'énergie - il s'agit de produire de l'énergie. C'est une autre histoire quand vous arrivez à la fin de la livraison. Traditionnellement, les services publics réglementés sont très conservateurs et peu enclins à changer. Mais le Canada a intégré des services publics qui ne sont pas seulement impliqués dans la fourniture d’électricité, mais aussi de gaz et thermique. Un grand nombre de personnes impliquées dans les services publics intégrés prévoient une convergence des technologies énergétiques, des technologies de l'information et de l'intelligence artificielle. Cette convergence se produit très rapidement et toutes les entreprises disent à présent: «Nous devons aller de l'avant. Nous devons en faire partie, car cela perturbera; cela changera fondamentalement notre entreprise. Alors, que devons-nous faire? »Cela ne veut pas dire qu'ils vont le faire très rapidement, car ils disposent toujours de nombreuses infrastructures et sont encore soumis à une réglementation. Les régulateurs sont par nature prudents et peu enclins à prendre des risques. Les grandes entreprises énergétiques voient le potentiel de la transformation énergétique, mais elles doivent également investir des centaines de milliards de dollars. Les actionnaires, les investisseurs, les régulateurs et les gouvernements se disent fiers de leur dire: «Ne détruisez pas cela. ”

"Nous devons réfléchir aux besoins des clients et à ce sur quoi ils insisteront avant de construire nos nouveaux systèmes énergétiques."

Il est très peu probable que la transition énergétique - de manière plus réaliste, «transformation» - se déroule sans heurts. Cela va provoquer toutes sortes de problèmes, qu'il s'agisse de surprises en matière de coûts, d'actifs en panne ou de systèmes qui risquent de ne pas être à la hauteur. L'énergie devient une entreprise tournée vers le client et si vous vous concentrez entièrement sur la production en amont, vous allez manquer ce point. Donc, si nous sommes inquiets pour l'avenir de l'industrie pétrolière et gazière du Canada, par exemple, nous ne devrions pas nous intéresser à Fort McMurray, mais à Shanghai.

À quoi ressembleront nos systèmes énergétiques à l’avenir, en particulier autour des villes et des collectivités intelligentes?

Nous allons assister à de nombreuses améliorations en matière d'efficacité énergétique - définies de manière générale pour inclure l'efficacité totale du système - simplement parce que c'est un fruit à portée de main. L’intensité énergétique de l’économie a beaucoup diminué au cours des dernières décennies et elle le sera encore davantage, ce qui servira de base aux solutions énergétiques distribuées. Un autre changement que je prévois est la croissance du nombre de citoyens informés et engagés qui tiennent à faire partie du processus de prise de décision.

«Il est très peu probable que la transformation de l’énergie se fasse en douceur. Cela va provoquer toutes sortes de difficultés, qu'il s'agisse de surprises en matière de coûts, d'actifs en panne ou de systèmes qui risquent de ne pas être à la hauteur. "

Le système de transport urbain sera probablement très différent. Bien que les véhicules électriques soient importants, les véhicules autonomes et, en fait, le transport en commun distribué via Uber et d’autres, changeront la donne. De plus, cela ne me surprendrait pas du tout si les millénaires étaient moins susceptibles de posséder des véhicules personnels. Je soupçonne que les systèmes de transport urbain de 2050 ne ressembleront en rien aux systèmes actuels. En outre, une grande partie de l'environnement bâti - bâtiments et infrastructures de soutien - requise pour 2050 est déjà construite, le changement sera donc progressif et sera loin d'être aussi rapide que certains pourraient le souhaiter. En revanche, s’il s’agit de développer de nouveaux quartiers ou de réaménager de vieux quartiers, il existe un potentiel technologique pour les bâtiments à zéro net. Il s'agit simplement de pousser l'économie et, petit à petit, vous allez assister à une transformation fondamentale.

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